14- Selon les Nations unies, la privatisation des marches
serait le pire scenario pour l'ecologie, Le Monde, 27/10/07
Herve Kempf
L'avenir ecologique de la planete depend directement des choix
politiques qui seront effectues : jamais cette evidence
n'avait ete soulignee nettement par une instance des Nations unies.
C'est chose faite : le Programme des Nations unies pour
l'environnement (PNUE) affirme dans un epais rapport, dit
privatisation generalisee des ressources et des services
serait le plus mauvais scenario du point de vue de
l'environnement.
C'est la conclusion d'une demarche originale de scenarisation
des avenirs possibles en fonction des types de politiques
mises en place, menee ces deux dernieres annees par des
groupes internationaux d'experts. Point de depart de ce
travail de modelisation : la crise ecologique majeure que
connait d'ores et deja la planete.
En actualisant la description par de nombreuses sources, le
rapport du PNUE synthetise le mouvement de degradation du
climat, de la biodiversite, de la sante des sols, des
ressources en eau... Il souligne la retraction des
ressources disponibles par habitant : la surface de terre
disponible pour chaque humain est ainsi passee de 7,91
hectares en 1900 a 2,02 en 2005.
La rapidite du phenomene est soulignee : l'etendue et la
composition des ecosystemes terrestres "sont modifiees par
les populations a une vitesse sans precedent". Les experts
insistent sur la notion de seuil : "Les effets cumules de
changements continus dans l'environnement peuvent atteindre
des seuils qui se traduisent par des changements brutaux" et
irreversibles. Cette idee de "points de basculement" ne
s'applique pas seulement au changement climatique, mais aussi
aux phenomenes de desertification, de baisse des nappes
phreatiques, d'effondrement d'ecosystemes, etc.
Points de basculement
La poursuite des trajectoires actuelles conduit
ineluctablement a ces points de basculement, indique le PNUE.
C'est la que le travail de modelisation intervient. Les
experts ont defini quatre scenarios, selon le type de
politique suivie. Dans le premier, l'Etat s'efface au
profit du secteur prive, le commerce se developpe sans
limite, les biens naturels sont privatises. Le deuxieme
scenario se base sur une intervention centralisee visant
a equilibrer une forte croissance economique par un effort
pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux.
Une troisieme voie serait de privilegier la securite pour
repondre aux desordres civils et aux menaces exterieures :
un effort important y serait alors consacre. Enfin, la
quatrieme option est celle d'une societe faisant le choix
de la durabilite par l'environnement et l'equite, dans
laquelle les citoyens jouent un role actif.
La modelisation permet de mesurer l'influence sur
l'environnement de chacun de ces quatre scenarios, a
travers la consommation d'energie, les emissions de
polluants, le type d'activite agricole, les prelevements
d'eau et de nombreux autres parametres.
Le dernier scenario (durabilite) apparait preferable du point
de vue social et ecologique, tandis que le premier
(privatisation), s'il assure la croissance la plus forte,
se traduit aussi par un impact environnemental juge
insupportable, tout en generant les plus grandes inegalites.
Dans ce cas, "l'environnement et la societe se rapprochent
rapidement du point de basculement, voire le depassent".
Les scenarios les moins mauvais en termes d'environnement ne
sont cependant pas exempts de defauts : le deuxieme, qui
privilegie une intervention politique forte, peut generer
de la bureaucratie, le quatrieme, qui met l'accent sur la
durabilite, exige de consacrer beaucoup de temps a la
cooperation entre acteurs. Et ils ne garantissent pas un
avenir sans souci : dans tous les cas, "le changement
climatique et la perte de biodiversite resteront des defis
significatifs".
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